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Érosion & usures

Traitement de l’érosion dentaire : Des solutions adaptées à chaque stade

Érosion & usures octobre 2026
Prise en charge graduelle de l’érosion dentaire.
Traiter la cause d’abord, restaurer ensuite.

Le traitement de l’érosion dentaire repose sur une approche globale et progressive.

L’érosion dentaire correspond à la dissolution chimique des tissus dentaires par des acides d’origine non bactérienne. Elle ramollit la surface de l’émail, qui devient ensuite plus vulnérable à l’abrasion, notamment lors du brossage, et à l’usure mécanique.1

Il faut donc distinguer :

  • l’érosion intrinsèque, liée principalement au contact répété avec les acides gastriques, en cas de reflux gastro-œsophagien ou de vomissements ;
  • l’érosion extrinsèque, liée à la consommation fréquente de boissons et d’aliments acides ;

La perte de tissu dentaire constituée est irréversible : l’émail détruit ne repousse pas. En revanche, une surface d’émail récemment ramollie peut être partiellement reminéralisée et durcie par la salive et les fluorures. L’objectif est donc de stopper ou de ralentir la progression avant qu’une restauration ne soit nécessaire.

Le diagnostic repose sur l’examen clinique, l’identification des habitudes alimentaires et médicales, la recherche d’un reflux ou de vomissements, ainsi que le suivi photographique ou par modèles. L’indice BEWE (Basic Erosive Wear Examination) peut aider le praticien à évaluer la sévérité et l’évolution de l’usure. 

Une prise en charge en quatre axes

Le traitement repose sur quatre objectifs :

  1. Identifier et contrôler les causes acides ;
  2. Réduire la sensibilité dentaire ;
  3. Protéger les tissus dentaires restants ;
  4. Restaurer les dents uniquement lorsque cela est nécessaire.

1. Identifier et traiter la cause de l’érosion

Érosion d’origine intrinsèque

L’érosion intrinsèque peut être associée à :

  • un reflux gastro-œsophagien ;
  • des vomissements répétés ;
  • plus rarement, d’autres pathologies digestives.

La prise en charge doit être coordonnée avec le médecin traitant et, selon la situation, un gastro-entérologue, un psychiatre, un psychologue ou un diététicien. Le traitement dentaire ne doit pas attendre la disparition complète des vomissements ou du reflux : il peut commencer parallèlement à la prise en charge médicale.2

Après un vomissement, il est préférable de ne pas se brosser immédiatement les dents. Il faut rincer la bouche avec de l’eau, éventuellement stimuler la salivation avec une gomme sans sucre, puis attendre environ 60 minutes avant le brossage afin de limiter l’abrasion d’une surface temporairement ramollie. 

Érosion d’origine extrinsèque

Les principales sources d’acides sont notamment :

  • Les sodas, y compris certaines boissons sans sucre ;
  • Les boissons énergétiques et sportives ;
  • Les jus de fruits et les agrumes ;
  • Le vinaigre et certains condiments ;
  • Le vin, notamment le vin blanc ;
  • Les fruits acides consommés très fréquemment.

Le risque dépend non seulement du pH, mais aussi de l’acidité titrable, de la durée de contact, de la fréquence des prises et de la présence de calcium dans la boisson ou l’aliment.3

Quelques mesures simples peuvent réduire l’exposition :

  • Regrouper les aliments et boissons acides au moment des repas plutôt que de les consommer toute la journée ;
  • Éviter de les conserver longtemps en bouche ou de les siroter ;
  • Boire de l’eau après leur consommation ;
  • Utiliser une paille lorsque cela est pertinent ;
  • Éviter les boissons acides avant le coucher ;
  • Ne pas se brosser les dents immédiatement après une exposition acide ;
  • Éviter les dentifrices très abrasifs et les dentifrices éclaircissants en cas d’usure active ;
  • Rechercher une sécheresse buccale liée à une maladie, à la déshydratation ou à certains médicaments.

2. Soulager la sensibilité liée à l’érosion dentaire

Lorsque l’émail s’amincit ou que la dentine devient exposée, les dents peuvent être sensibles au froid, au chaud, au contact ou aux aliments sucrés.

Un dentifrice fluoré utilisé régulièrement peut contribuer à protéger les tissus dentaires. Les formulations contenant du fluorure d’étain disposent de données expérimentales et cliniques favorables à la fois sur la sensibilité dentinaire et sur la protection contre l’usure érosive.4,5

Certains dentifrices désensibilisants contiennent également :

  • du nitrate de potassium ;
  • de l’arginine associée à du carbonate de calcium ;
  • du verre bioactif, tel que le phosphosilicate de calcium et de sodium ;
  • des agents capables d’obturer partiellement les tubules dentinaires.

Ces produits peuvent réduire les symptômes, mais ils ne reconstruisent pas l’émail perdu et ne remplacent pas le traitement de la cause.

L’amélioration dépend de la cause, de la sévérité de l’exposition dentinaire et de la régularité d’utilisation.

3. Protéger l’émail restant

Les fluorures favorisent la reminéralisation des surfaces récemment ramollies et augmentent leur résistance aux attaques acides. Les formulations contenant du fluorure d’étain semblent particulièrement intéressantes dans les situations de risque érosif élevé.6

D’autres actifs sont étudiés :

  • le fluorure de titane ;
  • le CPP-ACP (casein phosphopeptide–amorphous calcium phosphate) ;
  • le phosphate tricalcique fonctionnalisé ;
  • l’hydroxyapatite, notamment sous forme nano-cristalline ;
  • certains polymères ou agents filmogènes.

Ces solutions peuvent avoir un intérêt complémentaire, mais leurs résultats sont hétérogènes elles ne sont pas capables de régénérer un émail perdu.7

Ces produits s’appliquent au cabinet ou à domicile, à l’aide de gouttières personnalisées. Ils permettent de créer une barrière protectrice contre les attaques acides.

4. Restaurer de manière conservatrice

Quand faut-il restaurer ?

Une restauration n’est pas systématiquement indiquée au stade précoce. Elle peut devenir nécessaire en cas de :

  • perte de substance évolutive malgré le contrôle des facteurs de risque ;
  • hypersensibilité persistante malgré les mesures préventives ;
  • fractures, éclats ou fragilisation importante de la dent ;
  • diminution de la hauteur dentaire ;
  • gêne esthétique importante ;
  • altération de la mastication, de la phonation ou de l’occlusion.

Une sensibilité isolée ou une petite perte d’émail ne justifie pas automatiquement une restauration.

Le principe des restaurations additives

Lorsque les dents sont atteintes d’érosion, Le dentiste privilégie des techniques dites additives, qui consistent à reconstruire uniquement les zones usées, en ajoutant un matériau adapté, sans toucher à la partie saine de la dent.

Selon la situation, les options peuvent comprendre :

  • un composite direct ;
  • une restauration occlusale partielle collée, parfois appelée table-top ou overlay ;
  • une facette vestibulaire ou palatine ;
  • plus rarement, une couronne. Elles sont à éviter, sauf si elles sont déjà en place, car leur pose nécessite souvent de retirer encore plus d’émail.

L’objectif est de préserver au maximum la structure dentaire existante et de protéger les zones fragilisées.

Cas 1 : Érosion superficielle localisée

Une perte limitée sur une face vestibulaire ou au niveau d’un collet peut parfois être restaurée avec un composite. Le matériau est stratifié sur la dent puis polymérisé à l’aide d’une lampe. Cette solution peut améliorer l’esthétique, réduire la sensibilité et protéger une zone de dentine exposée.

Cas 2 : Érosion palatine

Lorsque l’usure touche la face interne des incisives, notamment en cas de reflux ou de vomissements, une restauration palatine collée peut reconstruire localement la forme perdue. Elle permet de préserver les faces intactes de la dent et d’éviter une préparation prothétique extensive.

Cas 3 : Usure généralisée avec raccourcissement des dents

Dans les cas avancés d’érosion, il peut être nécessaire de réhabiliter l’ensemble de la bouche pour retrouver un sourire harmonieux et une bonne efficacité masticatoire.
Selon les dents touchées, différentes solutions sont proposées :

  • Sur les molaires et prémolaires, on utilise souvent des reconstructions en céramique très fines, appelées table tops ou overlays, qui sont collées sur la surface de mastication.
  • Sur les incisives et les canines, on pose des facettes, soit sur la face visible (vestibulaire), soit sur la face intérieure (palatine), en fonction des zones abîmées.

Ces restaurations permettent de redonner à chaque dent sa forme et sa fonction d’origine, sans dévitalisation ni couronne.

En résumé :

L’érosion dentaire ne se traite pas uniquement en ajoutant un matériau sur les dents. La démarche la plus fiable consiste à :

  • Rechercher les sources d’acide et les facteurs aggravants ;
  • Réduire la fréquence et la durée des expositions ;
  • Protéger les tissus restants avec une hygiène adaptée et des fluorures ;
  • Traiter la sensibilité ;
  • Surveiller l’évolution par des photographies, des modèles ou un indice clinique ;
  • Restaurer de manière additive lorsque la perte de substance compromet le confort, l’esthétique ou la fonction.

Un diagnostic précoce permet souvent de stabiliser la situation sans intervention invasive. Lorsque des restaurations sont nécessaires, leur succès dépend autant de la qualité de la technique que du contrôle durable de la cause de l’érosion.

Sources

  1. Donovan T, Nguyen-Ngoc C, Abd Alraheam IA, Irusa K. Contemporary diagnosis and management of dental erosion. Journal of Esthetic and Restorative Dentistry, 2021. ↩︎
  2. Haute Autorité de Santé / FFAB. Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge. 2019. ↩︎
  3. Gálvez-Bravo F et al. Erosive Potential of Sports, Energy Drinks, and Isotonic Solutions on Athletes’ Teeth: A Systematic Review. Nutrients, 2025. ↩︎
  4. Frese C et al. Clinical effect of stannous fluoride and amine fluoride containing oral hygiene products: A 4-year randomized controlled pilot study. Scientific Reports, 2019. ↩︎
  5. West NX et al. Bioavailable gluconate-chelated stannous fluoride toothpaste meta-analyses: Effects on dentine hypersensitivity and enamel erosion. Journal of Dentistry, 2020. ↩︎
  6. Creeth J et al. Remineralisation of enamel erosive lesions by daily-use fluoride treatments: network meta-analysis of an in situ study set. Clinical Oral Investigations, 2024. ↩︎
  7. de Sousa Né YG et al. Treatment for dental erosion: a systematic review of in vitro studies. PeerJ, 2022. ↩︎

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